L“incinérateur de Lescar géré par les Chinois

L“incinérateur de Lescar géré par les Chinois

Nous nous posons vraiment des questions sur la décision du syndicat mixte Valor Béarn de céder la délégation de l’incinérateur de Lescar au groupe Urbaser détenu à 100% par les Chinois alors que nous avons une société Béarn Environnement, local et filial à 100% du groupe français Séché était tout à fait compétente. Ce n’est pas une question de coût, puisque la société locale était moins disante et surtout socialement et écologiquement plus performante. Quelle mouche a donc piqué Monique Sémavoine avec Mazères-Lezons? À noter que durant les travaux de réfection du site cette société verra, sans doute l’intérêt de transporter par camion les déchets vers son incinérateur de San Sebastian au détriment de toute éthique écologique. Surtout quand on sait comment elle traite ses salariés à Montpellier par exemple : https://www.midilibre.fr/2019/12/16/montpellier-le-conflit-senlise-a-urbaser,8608166.php

La politique de la rencontre

La politique de la rencontre

À l’approche des élections municipales, les auteurs de cette tribune invitent élus, candidats et citoyens à imaginer, dans leurs territoires, des politiques de la rencontre. « Cultiver cette écologie relationnelle nous apparaît comme la seule voie pour allier cause sociale et environnementale en un horizon commun », écrivent-ils.

La liste des organisations signataires de cette tribune se trouve à la fin du texte.


Se rappelle-t-on depuis quand nos rêves d’émerveillement et de poésie ont à jamais été brisés ? Notre monde n’en finit pas de s’uniformiser… Les reliefs deviennent plats comme des champs de betteraves. Les maisons n’ont plus les greniers d’autrefois qui nous rapprochaient des rêveries du ciel, ni les caves d’où l’on entendait, au petit matin, les grondements du sol. 

L’uniformisation précarise, les territoires deviennent déséquilibrés. Leurs symboles ont été sacrifiés sur l’autel de la seule productivité, de la seule attractivité. Les modèles économiques successifs les ont vidés de beauté et de sens. On nous impose de traverser notre époque comme nous traversons trop souvent la rue : en allant d’un point à un autre sans écouter, voir et sentir ce qui nous entoure — un arbre, un murmure, une ombre, un sourire. 

Or, briser le lien c’est légitimer l’instrumentalisation des êtres vivants non-humains et ainsi participer à l’érosion de la biodiversité. Construire une société sur une uniformisation ensuite, c’est laisser sur le bas-côté tous les individus qui ne peuvent ou ne veulent pas suivre cette démarche. Les animaux et les plantes aux temporalités très différentes des nôtres. Les milieux populaires tenus à l’écart des opportunités. Les minorités oubliées et saccagées. Les espaces ruraux enclavés. Les villes petites et moyennes, complètement phagocytées par l’emprise métropolitaine. 

L’uniformisation des sociétés occidentales a achevé de détruire ce qui faisait pourtant la fierté des communautés : la diversité et la rencontre de l’altérité. En manipulant la différence, elle a fini par gommer ce qui nous relie à tous les êtres vivants : nous sommes les habitants d’une seule et même planète, à la fois puissante et fragile. Fils et filles de l’entre-deux siècles, nous sommes les enfants de la perte de lien et de sens. Nous sommes les enfants du vide. 

Humains et non-humains sont vulnérables et s’émancipent par la rencontre

Face aux précarités du monde et au désenchantement des territoires, nous affirmons notre refus et opposons notre résistance. L’avenir mérite une autre lecture. Nos vies méritent un autre avenir. Nous l’oublions souvent mais vivre dans l’émancipation, vivre ensemble, a toujours été une question de lien. Car humains et non-humains sont vulnérables et s’émancipent par la rencontre. 

Face aux scénarios ténébreux à venir et aux perspectives d’effondrement, nous avons besoin, à nouveau, de nous sentir appartenir à quelques communs qui ne sont la propriété de personne mais qui nourrissent l’âme d’une lumière nouvelle. Nous avons besoin de chants, d’animaux et de plantes dans nos vies. Nous avons besoin de récits collectifs qui transcendent les générations et prient la pluie de revenir sur des terres cendrées. Nous avons besoin d’une nouvelle résilience, qui se tricote de nos liens avec les autres êtres vivants et irrigue nos réseaux locaux.

Nous avons besoin de chants, d’animaux et de plantes dans nos vies.

Les travaux de la philosophe Corine Pelluchon aident à comprendre les liens qui transcendent nos parcours de vie. Vivre, c’est nécessairement « vivre de » différentes ressources et projets qui finiront par traduire une trajectoire singulière. Vivre demande également de « vivre avec » la pluralité des êtres qui coexistent avec nous dans un environnement donné : nos gestes et nos actes conditionnent par effet de miroir leurs conditions de vie, pour le meilleur comme pour le pire. 

Il y a un certain sentiment de vertige et d’humilité à penser qu’une partie de nos vies ne nous appartient pas. Nous mettons nos pas dans ceux d’une longue série de générations, de penseurs et d’acteurs qui, avant nous, ont dessiné des chemins de crête, construit des villages, célébré sur les places publiques des évènements enracinés dans l’histoire de leur territoire. 

Le paysage que nous arpentons aujourd’hui porte les traces de l’héritage de ces prédécesseurs que nous ne rencontrerons jamais. Leurs fantômes nous invitent sans cesse à (re)considérer notre présent et à prendre conscience que nous façonnons aussi les conditions d’existence des prochaines générations. « Vivre le territoire », c’est donc enfin « vivre pour » ces esprits qui nous ont précédés, et pour celles et ceux qui cultiveront la terre une fois notre chemin terminé. 

Construire une politique de la rencontre, faire vivre un monde de relations

Faire danser les pluralités de la vie en une seule et même ronde invite à penser l’action politique de manière radicalement différente. Les hommes et les femmes politiques pourront-ils un jour mettre leurs égos de côté pour penser enfin la relation à l’échelle de l’expérience partagée 

L’anthropologue Pierre Clastres martelait déjà à la tribune qu’un bon leader n’est jamais patron ni décisionnaire. Il est un agent de liens, un ambassadeur de diversités, un messager de mondes et d’interfaces relationnels. L’échelon local permet un tel déplacement de valeurs. En prenant en compte leur singularité et leurs enjeux, à toutes les échelles, les territoires peuvent devenir le théâtre de l’une des seules politiques systémiques que la pensée est en mesure d’offrir : une politique de la rencontre.

Nous avons besoin de récits collectifs qui transcendent les générations.

Rencontrer, c’est faire « un mouvement de retournement » pour reprendre l’expression du philosophe Malcom Ferdinand, afin de regarder le monde droit dans les yeux et lui offrir sa singularité pour mieux accueillir en retour celle des autres. Bien plus qu’une simple « co-existence », une rencontre pleine et entière propose d’élargir l’horizon des possibles en une multitude de fragments. Elle est le guerrier qui rend les armes ou l’homme d’affaires qui suspend sa course effrénée pour offrir un sourire et quelques mots aux passants. Elle est le bateau qui s’arrête sur chaque île pour comprendre des trésors cachés d’enseignements au lieu de viser une traversée rapide. 

La rencontre est un jardin partagé, des spectacles vivants dans les rues, une caravane de saveurs, un nomade venu de loin pour partager ses mains. La rencontre, c’est aussi l’entreprise multinationale qui arrête de dévorer les ressources d’un monde aux limites finies pour innover et entreprendre différemment. Ce sont les Amérindiens d’Amazonie qui acquièrent enfin la place qu’ils méritent dans les modèles sociaux des terres de Guyane. Ce sont les humains qui partagent espaces et ressources avec le loup et l’ours. C’est le rural qui réclame justice à l’urbain, les Antilles à la métropole ; les Sud aux Nord, les dominés aux dominants.

La rencontre, c’est une invitation à oser, à lire, à écouter, prendre le temps de comprendre l’autre pour ce qu’il est et non pour ce qu’on voudrait qu’il soit. Ne nous méprenons pas, il est difficile d’entrer en relation, de comprendre et de s’ouvrir à la différence. Il est tout aussi difficile de maintenir des relations sans effriter leur qualité, sans laisser entrer, par des chemins de traverse, des conflits, des manipulations, des formes de domination inconscientes qui finissent toujours par détruire le don du monde : sa diversité et sa pluralité. Nous pouvons aussi être rattrapés par des tentations au repli sur soi. Le sur-individualisme est un démon. Il retoque sans cesse à la porte lorsqu’unehttps://www.politis.fr/articles/202… amitié ou un amour vient à se défaire, lorsqu’une une difficulté professionnelle et personnelle vient rompre une trajectoire qu’on imaginait déjà tracée.

La rencontre, c’est également accorder de la place à l’autre, humain comme non-humain. Il est encore plus difficile de s’ouvrir à un dialogue juste et solidaire avec le non-humain, ce grand impensé qu’il devient urgent de redécouvrir pour son agentivité et son droit, lui aussi, à fabriquer des mondes…
 
Finalement, la rencontre est une méthode pour donner à chaque citoyen la capacité de s’approprier l’espace public, de participer aux décisions collectives, de faire du territoire autant un droit d’usage qu’un devoir de relation. Faire des territoires un monde de liens semble ouvrir un chemin de randonnée bien complexe pour les sociétés humaines… Cultiver cette écologie relationnelle que nous appelons de nos vœux nous apparaît pourtant comme la seule voie pour allier cause sociale et environnementale en un horizon commun et partagé. C’est la promesse universelle de cultiver, dans les rues de nos territoires, les symboles de l’altérité.

  • Cette tribune a été initiée par :

- Flora Clodic-Tanguy, journaliste, accompagnatrice de projets engagés
- Damien Deville, géo-anthropologue et co-auteur de Toutes les couleurs de la Terre, Tana éditions, 2020.
- Pierre Spielewoy, juriste et anthropologue et co-auteur de Toutes les couleurs de la Terre

  • Premiers signataires :

- Léna Abbou, administratrice de la Fonda
- Jonathan Attias, désobéissance fertile
- Guillaume Bagnolini, médiateur scientifique et chercheur associé en philosophie au LISIS
- Rémi Beau, philosophe
- Dominique Bourg, philosophe
- Franck Calis, réalisateur
- Marine Calmet, juriste et présidente de Wild Legal
- Yves Cochet, président de l’Institut Momentum et ancien ministre de l’environnement
- Isabelle Dangerfield, actrice
- Cyril Debard, étudiant en philosophie
- Pascale d’Erm, auteure de Natura
- Kady Josiane Dicko, ingénieur en environnement et militante africaniste
- François Dubreuil, Unis pour le Climat
- Audrey Dufils, membre de la bascule, facilitatrice et formatrice en Intelligence Collective
- Andreas Eriksson, doctorant en psychologie sociale
- Malcom Ferdinand, philosophe et auteur d’Une écologie décoloniale, Seuil, 2019
- Mathieu Foudral, formateur en permaculture, Prise de Terre
- Didier Fradin, Compagnon de l’archipel de la transition
- François Gicqueau, militant écologiste, cofondateur de nature et conscience africaine
- Clotilde Géron, étudiante en anthropologie et égyptologie
- Anne Guillou, fondatrice de How Lucky We Are
- Guillaume Holsteyn, entrepreneur social
- Mathilde Imer, fondatrice des Gilets citoyens et coordinatrice de campagne chez On est prêt
- Vincent Laurent, consultant social média et producteur de TravailAuVert pour radio campus Toulouse
- Julien Lecaille, militant des communs et de la transition lillois
- Marc Lepelletier, producteur de Petit Manuel de résilience
- Julien Loyer, directeur général de Bleu Blanc Zèbre
- Flora Magnan, cofondatrice de Human Conet
- Pascale Osma, Collectif pour le climat
- Anne Pastor, journaliste
- Bruno Paternot, comédien
- Marie Pochon, déléguée générale de Notre Affaire à Tous
- Matthieu Ponchel, réalisateur et fondateur de Climat Social
- André Rebelo, cofondateur de climat social
- Yvan Saint-Jours, co-rédacteur en chef d’Yggdrasil
- Agnès Sinaï, auteure et cofondatrice de l’institut Momentum
- Alexia Soyeux, productrice du podcast Présages
- Alexis Tiouka, juriste, experts en droit des peuples autochtones
- Marion Véber, Fondation Danielle Mitterand
- Nicolas Voisin, coopérateur à La Suite du Monde
- L’Association Joinville les prés

Le texte a également été publié sur Politis.

Idéologie et écologie

Idéologie et écologie

Discours du 13 février 2020, Pau

Cher.e.s ami.e.s,

Nous vivons en ce moment dans un espace de profusion programmatique où les citoyens et citoyennes peuvent se perdre, où la confusion peut apparaître, dans des propos hors champ au risque d’une démobilisation démocratique.
Nous, partis de l’écologie politique, nous devons réexpliquer notre vision, affirmer notre singularité dans la diversité. Il est vrai que l’urgence climatique et ses désastres environnementaux et sociétaux ont braqué les projecteurs de l’actualité sur cette voie que nous empruntons depuis plus de 40 ans. Car qui d’autre a cet ADN qui propose de sortir du productivisme, de répudier les dogmes de la croissance, de redonner à la nature ses droits. De vivre tout simplement en harmonie pour chacun et chacune avec notre environnement.
De plus en plus de listes se rassemblent sous l’affirmation d’une identité écologiste, et c’est très bien. Mais l’écologie politique, si elle se veut accueillante, n’en ai pas moins exigeante. Elle se doit d’être cardinale.
À l’heure de l’urgence climatique, nous sommes de plus en plus d’accords pour dénoncer l’Ancien Monde productiviste et son système, où la démocratie dérape et n’est plus en adéquation avec les attentes et les besoins de notre Nouveau Monde.
Pour l’écologie politique, la réflexion privilégie les contraintes biophysiques ce qui est un avantage par rapport aux autres partis, car il y a un fondement scientifique à son approche. Les avancées sociales dépendent donc, de l’état des ressources naturelles et de sa bonne gestion. L’écologie est sociale, le contraire n’est pas toujours vrai. Le travail au sens de production et de croissance n’est pas, pour les écologistes une fin en soi, mais plutôt une impasse dangereuse. Nous prônons une autre voie, où l’attention au vivant et ce d’une manière naturelle et inclusive est le point le plus important.
Cela fait 40 ans que nous travaillons (avec le taux le plus élevé d’assiduité dans toutes les assemblées, à tous les échelons, de la commune à l’europe) sur cette urgence qui est devenue plurielle. L’expertise et la conscience sociétale qui en découle nous permettent de proposer et d’accompagner cette transformation fondamentale d’une manière sereine et transversale. Le changement de paradigme que nous proposons est profond, il nous faut maintenant pouvoir prendre le temps (et donc s’arrêter et choisir) pour décider :
Si nous formons le choix des anciens systèmes, par confort personnel, peur de l’avenir, espoir technologique, et vivre alors sous le dictat de l’argent et des inégalités qui sont de plus en plus fortes depuis les années 80 et ce dans toutes les démocraties (« Capital et idéologie » Thomas Piketty)
ou encore tomber dans le nationalisme exacerbé et sa haine de l’autre.
Ou si nous voulons vivre en harmonie dans une démocratie permanente et libre.
L’écologie politique est cette troisième voie, avec ce retour à notre monde naturel et nous n’en avons qu’un. Nos besoins sont tous issus de la nature d’une manière ou d’une autre que ce soit notre alimentation ou les terres rares indispensables à nos technologies. Nous savons maintenant que cette course à la technologie et à la consommation nous conduit à notre perte.
Et pourtant, les émissions de gaz à effet de serre augmentent d’année en année. La possibilité d’accéder aux recommandations du GIEC s’éloignent dans un horizon rougit aux couleurs des megas feux.
Alors, oui, mes ami.e.s, l’écologie politique est radicale, mais cette radicalité aussi bouleversante pour certains, n’en est pas moins heureuse et porteuse de joie.
L’homme est naturel, sans nier sa culture et sa singularité par rapport aux autres espèces vivantes (mais quelle autre espèce n’est pas non plus, singulière du blob aux grands mammifères). Ne faisons pas de nous le sommet de la pyramide, qui plus est une pyramide qui détruit sa base, ça na pas de sens.
L’écologie politique, c’est donc penser notre monde et toutes les actions et les relations que nous entretenons avec ce monde au travers de cette matrice systémique qui se doit être constitutionnelle.
Cela commence par le respect et la connaissance de nous-mêmes à partir de l’autre. Saint-Exupéry donnait cette définition : « L’humanisme s’est donné comme mission exclusive d’éclairer et de perpétuer la primauté de l’homme sur l’individu ».
C’est donc un changement radical des modes de gouvernances de l’individu à l’homme et à la femme puis au collectif que nous nous devons d’appliquer. Cet aspect se dessine très nettement dans les nouvelles associations et collectifs de citoyen.ne.s. Le pouvoir est destructeur, le confier à une seule personne est destructif. De nouvelles formes de gestion partager voient le jour, notre monde est en transformation, j’ai l’espoir que nous mûrissons pour une conjugaison harmonieuse et collective de notre raison et de notre nature.
Le progrès n’est plus synonyme de bonheur, le rapport entre nuisances des technologies actuelles et l’accroissement du bien-être est bien souvent énormément négatif, et ce depuis plus de 50 ans. Il nous fout changer de capital passer de l’économie à l’écologie, le capital économique est basé sur une nature gratuite, pourtant seule véritable et réelle richesse.
Que l’on soit collapsologue ou pas, nous assistons à une transformation par écocide et réaction en chaîne d’une manière exponentielle. Ces manifestations sont quotidiennes, elles nous touchent à présent, sur nos territoires, et ce de plus en plus fréquemment.
C’est maintenant dans cette optique qu’il nous faut aborder notre avenir, l’écologie politique a pour leitmotiv le bonheur des générations futures. S’il est maintenant un peu tard pour faire marche arrière il est urgent de se préparer pour une autre façon de vivre. Vers plus de proximité, d’attention à l’autre, de partage et de solution locale. Il nous faut plus que jamais avoir le courage et la cohérence de nos engagements.
Si nous ne sommes pas solubles dans les anciens partis, et pour citer Julien Bayou, notre SN, nous sommes pourtant populaire, éco féministe et profondément républicain. Nous devons dépasser les frontières de notre parti et sans ostracisme mais sans confusion nous devons bâtir le grand mouvement dont l’écologie politique a besoin.
Nous ne sommes pas une alternance mais une véritable alternative.
C’est pourquoi les élections territoriales, municipales, intercommunales, départementales sont la clé de voûte de ce changement. C’est ici et maintenant que nous proposons de vivre différemment. Sans doute beaucoup plus sobrement, mais beaucoup plus humainement. Les réponses, si elles sont globales, doivent commencer à notre échelle. Il nous faut nous structurer pour une alimentation autonome et naturelle, une indépendance énergétique et durable qu’il faut appréhender dans la sobriété. Un bien vivre ensemble pour toutes et tous, l’écologie politique est inclusive et ce d’une manière inconditionnelle.
Une économie circulaire et non basée sur la croissance, mais sur le bien vivre ensemble.
Des déplacements apaisés les plus locaux et les moins énergivores possible. Un travail partagé et choisi sur un rapport entre pénibilité, intérêt et rétribution en toute équité pour avoir du temps pour soi et pour les autres.
Des communs autogérés et partagés sans aucune discrimination ni stigmatisation.
Une démocratie permanente où la profondeur des débats et le respect de chacun.ne sont basés et actée sur une vision consensuelle commune et progressive pour une recherche d’harmonie universelle.
Enfin il nous faut rendre le statut de personne à la rivière de notre village comme à l’arbre de notre parc citadin.
Cette vision n’est pas qu’idéologique, elle se traduit concrètement où des communes et des villes prennent des initiatives dans ce sens, les alternatives sont bien réelles, il faut juste prendre ce soi-disant risque, « Ce qui nous est connu est suffisamment inquiétant pour que nous puissions accepter de courir le risque de l’inconnu. » Nous disait Romain Gary.
Je vous souhaite à toutes et tous de belles municipales.

Philippe Glorieux, Conseiller Fédéral EÉLV

Réussir la transformation

Réussir la transformation

Réussir la transformation, une question de méthode

Un raisonnement « effectual » a permis d’imaginer des solutions originales pour décongestionner la principauté de Monaco. Kevin B / Wikimedia commons, CC BY-SA
Dominique Vian, SKEMA Business School

Face à l’urgence perçue d’une transformation, qu’elle soit digitale, organisationnelle, énergétique, écologique voire sociétale, la chose la moins remise en question reste la méthode pour y arriver. En général, celle-ci se résume en deux étapes : savoir ce que l’on veut faire puis s’en donner les moyens. Le problème, c’est que derrière ce postulat considéré comme une évidence, il y a beaucoup d’échecs. En effet, nombreux sont les dirigeants qui témoignent de la difficulté à transformer une situation.

Pour illustrer toute l’importance de repenser la méthode, nous nous appuierons sur une expérimentation que nous avons menée avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) à l’occasion d’un bootcamp (« camp d’entraînement », à l’occasion duquel se rencontrent collectivités locales et entrepreneurs) organisé les 11 et 12 octobre 2018, visant à relever 10 défis sur les thèmes de l’écologie, l’énergie et l’économie dans les Alpes-Maritimes et à Monaco.

Chaque défi était formulé sous la forme d’un objectif à atteindre. Par exemple : comment atteindre les 9 000 utilisateurs de deux roues électriques et vélos supplémentaires entre la France et Monaco d’ici 2030 ? Il faut savoir que les accès à Monaco sont saturés matin et soir et qu’il n’y a pas de piste cyclable, en raison d’un manque de place mais aussi de la priorité donnée à la voiture.

Logique effectuale

La solution envisagée avant le défi était de développer un parc de vélos électriques et la construction de nouveaux parkings aux entrées de la cité pour éviter de recourir à l’automobile lors des derniers kilomètres (solution n°1). Ainsi envisagée, la transformation procède en deux étapes, celles énoncées précédemment à savoir : définir le but et ensuite inférer les moyens nécessaires pour sa réalisation.

Une tout autre méthode a été proposée lors de ce bootcamp : trouver une solution consensuelle à partir des moyens disponibles. Le résultat obtenu a été de proposer la mise en place de « bulles cadencées de vélos ». Le terme de « bulle » est généralement employé pour qualifier une pratique de la police pour faciliter un déplacement de véhicules dans un flux saturé, en raison d’une urgence (par exemple une ambulance) et/ou de personnes nécessitant un haut niveau de sécurité (par exemple, un chef d’État).

Cette autre solution a bien été envisagée grâce à une analyse de ce qui était disponible, suivant ainsi le principe de la théorie entrepreneuriale de l’effectuation. En effet, il suffit de mobiliser les forces de sécurité existantes pour prioriser le passage des vélos par rapport aux voitures tout en garantissant leur sécurité.

Entrepreneuriat : les principes de l’effectuation (Xerfi canal, 2019).

Cette bascule d’une méthode à l’autre correspond à un choix de posture. Raisonner à partir d’un but mobilise une logique causale (posture 1), celle qui conduit à rechercher les moyens nécessaires (d’où la causalité) pour implémenter la solution n°1. Le raisonnement inverse correspond à une logique effectuale (posture 2), celle qui a conduit à s’appuyer sur tous moyens disponibles suffisants permettant de faire émerger un effet, à savoir la bulle de vélos vue comme la solution n°2.

Une solution peu onéreuse et consensuelle

Dans notre cas, la posture 2 a permis d’aboutir à une solution présentant plusieurs avantages par rapport à ce qui aurait pu émerger de la posture 1. Tout d’abord, une idée nouvelle qui répond, au moins sur le papier, au problème de départ, à savoir la saturation du trafic à Monaco le matin et le soir. À l’inverse, l’idée de construire des parkings à l’extérieur de la cité et de mettre en place une flotte de vélo électrique n’est pas nouvelle. L’originalité de la solution est inhérente à la posture 2 qui part d’une réalité spécifique à la région de Monaco, non pas celle de la région parisienne.

Par exemple, c’est l’absence de pistes cyclables, faute de place suffisante sur la chaussée aux abords et dans Monaco, ainsi que le besoin de sécurité dans un flux saturé, qui ont permis d’imaginer la bulle de vélos. C’est donc le contraire du benchmark qui invite à copier-coller ce qui existe déjà. Il ne faut pas sous-estimer aussi la présence de deux associations sur le territoire. L’une, Choisir le vélo, travaille à la promotion de l’usage du vélo pour les transports quotidiens. L’autre, Atmosud, est impliquée dans la qualité de l’air à Monaco. Toutes deux sont des moyens pour le projet. L’originalité de la solution est donc une conséquence de la spécificité des moyens locaux mis en œuvre. Pleinement assumée, ceci peut faire de Monaco un territoire pionnier de l’écologie puisque la solution n’a jamais été essayée nulle part ailleurs.

L’initiative territoire zéro chômeur est une solution très originale qui est née d’une démarche effectuale. En effet, les entreprises qui ont été créées lors de la phase d’expérimentation développent une activité imaginée à partir des compétences et de la volonté de personnes ayant connu une longue période de chômage. Au lieu d’avoir un produit ou un service prédéfini et ensuite de recruter les personnes qui feront vivre le projet, c’est l’inverse puisque le produit ou service vendu est défini à partir des moyens que représentent les capacités des individus.

Revenons à Monaco. La démarche effectuale a également permis de faire émerger une solution faiblement onéreuse : aucun investissement n’est en effet requis puisque les moyens suffisants sont disponibles. En effet, nombreux sont ceux qui disposent déjà de vélos électriques ou souhaitent en acquérir. D’autre part, mobiliser les agents de la circulation (qui la font déjà) pour garantir la sécurité de la bulle et faciliter leur passage est envisageable à faible coût. Plus besoin de développer les moyens comme celui de construire de nouveaux parkings ou de développer une flotte de vélos.

Cette manière d’envisager l’action à partir des moyens disponibles trouve de nombreuses applications dans toutes les entreprises. Par exemple, imaginons une d’entre elles qui souhaiterait recenser ses savoir-faire stratégiques. Nombreux seront ceux qui penseront à constituer une équipe interne dédiée alors que le client est sans doute un bon juge d’une compétence de son fournisseur qui lui est indispensable pour son activité. Cela revient à faire faire une partie du travail par le client (identifié comme un moyen), avec en prime un résultat plus objectif et l’occasion de resserrer les liens avec son écosystème. Cerise sur le gâteau, l’entreprise dispose d’une enquête client qui a valeur d’une étude de marché avec le même investissement de départ.

Un autre rapport au réel

Lors du bootcamp de l’Ademe, la solution n°2 a fait l’unanimité des parties prenantes puisque ce sont ces mêmes acteurs qui l’ont proposée. À l’inverse, la solution n°1 correspondait au projet initial du gouvernement de Monaco. Si une solution est choisie par une partie prenante, il faut ensuite la vendre aux autres. Ces dernières n’ont donc que le choix de l’accepter (succès) ou de la refuser (échec). L’inférence par les moyens permet d’éviter cette dichotomie d’une situation à prendre ou à laisser puisque les parties prenantes co-créent une solution qui leur convient.

Au-delà de ces quelques avantages, c’est un autre rapport au réel et à sa transformation que propose l’effectuation. Dans la posture 1, le présent est vu comme une contrainte et c’est le futur qui est désirable. Dans la posture 2, le présent nous offre des moyens qui permettent un futur désirable et viable. Même un flux saturé devient un moyen car si ce n’avait pas été le cas, la bulle n’aurait pas sa raison d’être. La seule contrainte qui demeure c’est que les moyens doivent être suffisants. On peut même parler d’abondance de possibilités pour la posture 2, puisque d’un même ensemble de moyens plusieurs effets sont possibles. Il n’y aurait donc pas que la bulle comme solution.

Malgré l’enthousiasme des participants du bootcamp pour la bulle de vélos, le projet n’a pas été lancé par le gouvernement de Monaco qui a préféré demander à une association locale de cyclistes de s’emparer du projet. Ce sont donc des bénévoles et non pas la police locale qui sécurisent les parcours avec des équipements sonores et visuels appropriés.

Ce ne seront finalement pas les policiers monégasques qui assureront les « bulles de vélos ». Kevin B/Wikimedia, CC BY

Le non-engagement du gouvernement de Monaco dans le déploiement pourrait s’expliquer par d’autres priorités, mais aussi par le fait qu’une rupture n’évoque rien de connu à l’esprit humain qui a donc du mal à se représenter l’idée. Une communication accessible à tous prend alors une importance considérable pour permettre à des parties prenantes potentielles de comprendre le projet et donc de pouvoir adhérer.The Conversation

Dominique Vian, Enseignant chercheur chez SKEMA Business School, SKEMA Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Imaginaires des futurs possibles : Les effondrements

La question qui est posée est de savoir comment survivre, choisit-on une dictature dans le chaos ou des conditions de vie dignes.

Le cycle d’extraire, de consommer et de jeter à l’infini n’est plus un imaginaire valide. Nous avons dépassé les limites de la résilience de notre planète, les effondrements sont inéluctables. Au-delà des changements sectoriels pour une civilisation durable (énergie, consommation, communication …) il faut aussi changer notre modèle de civilisation, l’imaginer, le rendre désirable avec une construction collective ou alors ces choix, vont nous être imposés dans le chaos avec des individus qui vont nous assurer de la sécurité en échange de la liberté! L’histoire nous a montré qu’invariablement les gens choisissent massivement cette option.

La question qui est posée est de savoir comment survivre, choisit-on une dictature dans le chaos ou des conditions de vie dignes.

Concrètement c’est à l’échelle locale, sur nos territoires, nos bassins de vie que nous pouvons organiser une nouvelle façon de vivre, de nouvelles cultures inspirantes, seules alternative aux dictatures liberticides et mortifères.